Les obus français

Extrait du règlement sur le service des bouches à feu de siège et place, cet article exceptionnel présente les différents types de munitions et de fusées utilisés par l’armée française lors de la première guerre mondiale. Un document riche en informations !


CHAPITRE III – PROJECTILES ET FUSÉES.

§ I. — PROJECTILES.

302. Au point de vue de la forme, les projectiles se distinguent en obus et en boites à mitraille.

OBUS.

303. L’obus, qui est de beaucoup le projectile le plus employé, a une forme oblongue plus ou moins allongée. Il comprend les parties suivantes :
– L’ogive, destinée à fendre l’air et à diminuer la résistance qu’il oppose à la marche des projectiles ; l’ogive se termine par un méplat, dans lequel est percé un orifice taraudé qui s’appelle l’œil ; c’est par l’œil qu’on introduit la charge intérieure et c’est sur lui que se visse la fusée ;
– La partie cylindrique ;
– Le renflement, qui est tourné au calibre de la pièce avec un jeu aussi faible que possible et qui a pour objet d’empêcher le projectile de ballotter dans l’âme : le renflement réunit l’ogive à la partie cylindrique ;
– La ceinture ;
– Le culot.
Le renflement et la ceinture étant tournés avec beaucoup de soins, il importe de leur éviter toute dégradation dans les manipulations et les transports de projectiles.

304. Suivant le rôle auquel on les destine, les obus sont organisés pour être remplis :
– Soit d’un explosif qui est la mélinite; ils prennent le nom d’obus explosifs ;
– Soit de balles avec une charge de poudre suffisante pour les faire éclater ; ils s’appellent obus à balles ou à mitraille.
Il existe en outre certains obus, dits éclairants, dont la charge intérieure se compose d’artifices éclairants désignés sous le nom d’étoiles. Ces étoiles projettent en brûlant une vive lumière sur les objets environnants.

305. Obus explosifs. – Ils sont destinés à agir contre le matériel et contre les obstacles. Dans cette catégorie on distingue :
– L’obus ordinaire, qui est en fonte (Primitivement, l’obus ordinaire était destiné à agir par ses éclats contre le personnel ; il était chargé en poudre. Il est encore employé comme tel dans les tirs d’exercice ; en ce cas, il n’est pas peint en jaune. Certains de ces obus ( canon de 95) sont dits à double paroi.) (fig. 5);
– L’obus allongé, dont la partie cylindrique est beaucoup plus longue, et qui est en acier (fig. 6).
Les obus explosifs sont peints en jaune, et quelquefois en jaune et rouge.

306. Obus à balles et à mitraille. – Ces obus, qui ont à peu près la forme extérieure de l’obus ordinaire, sont destinés à agir contre le personnel par leurs balles et par les éclats qu’ils produisent.
L’obus à balle est en fonte ; il contient, soit des balles plomb maintenues par du soufre coulé dans leurs interstices (fig. 7), soit des couronnes de balles superposées (fig. 8).

Dans le premier cas, la charge d’éclatement est placée au-dessus des balles ; dans le second, elle remplit le vide central. Dans ce cas, un petit appareil, dit planchette d’inflammation, qui porte des rainures en losange facilitant la circulation du jet de flamme de la fusée, assure la détonation complète de la charge (fig. 9). L’obus à balles a l’ogive peinte en rouge.

L’obus à mitraille (fig. 10 et 11) se compose d’une enveloppe en tôle d’acier, à la partie inférieure de laquelle le culot, en acier, est fixé au moyen de la ceinture en cuivre.
A l’intérieur de l’obus se trouve une pile de galettes en fonte, présentant sur les faces supérieure et inférieure une série d’alvéoles demi-sphériques destinés à recevoir les balles en plomb durci ; ces alvéoles déterminent en outre des lignes de rupture sur les galettes. Le chargement intérieur est terminé par une grenade en fonte, qui se loge dans l’ogive ; cette grenade porte l’œil du projectile et reçoit la charge d’éclatement.
Dans certains projectiles , le vide intérieur de la grenade se prolonge, au moyen d’un tube en acier, à travers tout le projectile ; la charge d’éclatement remplit le tube et la grenade.
L’obus à mitraille est tout entier peint en rouge.

BOÎTE À MITRAILLE.

307. La boite à mitraille est spécialement destinée à agir contre le personnel aux distances très rapprochées, alors que l’obus ne possède plus une efficacité suffisante.
La boite à mitraille se compose d’un corps de boite en zinc (fig. 12) laminé, fermée par un culot et un couvercle ; sur le culot est fixée une rondelle-arrêtoir en bois qui sert à arrêter la boite à sa position de chargement. La boite à mitraille des calibres de 95, 120, 155, est munie d’une ceinture en cuivre dont l’adjonction a pour but d’assurer le bon fonctionnement des boites avec les charges de poudre lente. Cette rondelle porte une anse en fil de fer, qui facilite le maniement de la boite.
La boite contient des balles agglomérées par du soufre fondu. Au départ du coup elle se disloque et les balles forment une gerbe qui bat tout le terrain en avant de la pièce.

§ II. FUSÉES.

308. Une fusée est un artifice qui sert à enflammer la charge intérieure d’un projectile, soit au moment où celui-ci est brusquement ralenti par un obstacle, soit après une durée de trajet déterminée. Dans le premier cas, on dit que la fusée est percutante, dans le second qu’elle est fusante.
Il y a deux catégories de fusées : la fusée percutante et la fusée à double effet, qui agit soit comme percutante, soit comme fusante.

309. Fusée percutante. – La fusée décrite ci-après est la fusée S. M. modèle 1878-1881, qui a été construite de manière à fonctionner avec les vitesses initiales très diverses usitées dans les tirs de siège (S) et de montagne (M).
Les parties principales (fig. 13) sont : 1. le corps de la fusée ; 2. le bouchon ; 3. le système percutant.

Le corps de la fusée, en bronze, est terminé par une tête tronconique portent 2 entailles qui servent à la visser dans l’œil de l’obus à l’aide de la clef à fusées. II est percé suivant son axe d’un canal central assez large qui contient le système percutant ; le fond de ce canal est percé d’un trou par lequel le feu se communique à la charge du projectile. Ce trou est fermé par une rondelle en laiton.
La partie supérieure du canal est fermée par un bouchon portant le rugueux. Ce bouchon se visse dans le canal ; il présente un étranglement qui se trouve à hauteur de la partie inférieure de la tête de la fusée.
Cet étranglement sert à faciliter la rupture du bouchon, de façon que, si le projectile rencontre un obstacle très dur, la fusée peut être décapitée net sans que le bouchon soit tordu et sans, par suite, que le rugueux soit dévié du canal central.
Le système percutant comprend la masselotte, le porte-amorce, le ressort d’armement et le ressort de sûreté.
La masselotte présente une partie intérieure de forme tronconique, la grande base en haut, avec un vide intérieur qui recouvre le porte-amorce et qui est strié dans le bas, et une partie supérieure cylindrique, fendue suivant deux diamètres rectangulaires pour laisser passer les quatre branches de la rondelle-agrafe. Cette dernière est sertie dans une gorge située entre la partie cylindrique et la partie tronconique.
Le porte-amorce, en laiton, est percé d’un canal contenant l’amorce à la partie supérieure, puis un brin de mèche à étoupille et une petite charge de poudre tassée maintenue par une rondelle en cire qui ferme la partie inférieure du canal.
A l’extérieur, le porte-amorce se présente sous la forme d’une tige cylindrique portant des stries d’accrochage à sa partie supérieure et terminée en bas par un talon.
Le talon est surmonté par une embase en plomb fixée au porte-amorce. Cette embase est recouverte par une rondelle en laiton.
Entre le talon du porte-amorce et le fond du canal est interposée une rondelle en carton.
Le ressort d’armement, en laiton, entoure le porte-amorce et prend appui par sa partie inférieure sur la rondelle de laiton et par la partie supérieure sur le fond du canal intérieur de la masselotte.
Le ressort de sûreté, en laiton, est interposé entre le bouchon et le dessus de la partie tronconique de la masselotte.
Au départ du coup, le projectile et le corps de fusée qui est fixé sont vivement lancés en avant. La masselotte, qui est libre, reste en arrière par inertie et comprime le ressort d’armement. Si la charge du canon est faible et si, par suite, la vitesse initiale du projectile est peu considérable, l’armement (fig. 14) se fait par l’accrochage d’une ou plusieurs branches de la rondelle-agrafe dans les stries du porte-amorce. Si la charge est forte et si, par suite, la vitesse du projectile est grande, la masselotte (fig. 15) arrive jusqu’au talon du porte-amorce et l’armement est produit simultanément par l’accrochage de l’agrafe et par les stries de la masselotte qui viennent s’implanter dans la rondelle-embase en plomb.
Pendant le trajet du projectile, l’ensemble de la masselotte et du porte-amorce est maintenu au fond du canal par le ressort de sûreté.
Lorsque le projectile rencontre un obstacle, sa vitesse s’éteint ou diminue brusquement. L’ensemble de la masselotte et du porte-amorce, qui est libre, continue son mouvement en avant et comprime le ressort de sûreté ; l’amorce vient frapper le rugueux, s’enflamme, communique le feu à la charge de poudre du porte-amorce et, par suite, à la charge intérieure du projectile (fig. 16).

310. Fusée à double effet. — La fusée décrite ci-après est la fusée à double effet de 30/55 modèle 1889 (fig. 17).

L’appareil percutant est logé dans le corps de fusée, celui-ci est terminé par une tête en forme de plateau, qui renferme une chambre à poudre destinée à communiquer le feu à la charge intérieure, dans le fonctionnement de l’appareil fusant.
Une tige-bouchon, formant logement du système concutant, est venue de fonte avec le corps de fusée. Sur la partie inférieure exhaussée de cette tige est une rondelle de poudre ; entre cette partie inférieure et le barillet est placée placée une coupelle obturatrice destinée à empêcher toute fuite de gaz par la rainure circulaire qui sert de joint entre le barillet et le plateau du corps de fusée.
Le système concutant comprend une amorce, un ressort et un concuteur ou rugueux mobile soutenu par un ressort.
Au départ, le concuteur, par inertie, fait fléchir le ressort et met le feu à l’amorce qui, elle-même, met le feu, par l’intermédiaire des canaux pratiqués à la base de la tige, à la rondelle de poudre de la tige. Les gaz enflammés ainsi produits à l’intérieur du barillet s’échappent en partie par le trou qui a été percé dans ce barillet et enflamment en passant la composition fusante du tube ; celle-ci brûle avec une certaine vitesse et le feu se communique, au bout d’un certain temps, à la chambre du corps de fusée, puis par l’intérieur de ce corps de fusée, à la charge intérieure du projectile.
Si aucun évent n’a été débouché, les gaz enflammés ne trouvent, pour s’échapper du barillet, qu’un trou spécial, non numéroté, où ils ne rencontrent pas la composition fusante ; la fusée fonctionne alors comme percutante.

311. Nota — Pour désigner une fusée, on emploie souvent un nombre ou une fraction qui a la signification suivante :
– Le nombre (s’il est seul) ou le numérateur de la fraction est le diamètre extérieur des filets de vis de la tige ;
– Le dénominateur correspond au diamètre de la grande base de la tête de la fusée (fig. 18).

Les fusées, dont l’évent peut être éventuellement débouché au moyen d’un débouchoir, portent un tenon destiné à assurer la position du zéro dans le débouchoir. La dénomination de la fusée est suivie de la lettre T.
Ex. : Fusée de 30/38 Mle 1881 T.

312. Système d’amorçage des obus explosifs. – Le jet de flammes produit par le fonctionnement de la fusée ne suffirait pas à faire détoner complètement la charge intérieure de mélinite : l’action de la fusée est complétée par un système d’amorçage décrit ci-après :
Le projectile étant rempli de mélinite (mélinite fondue, mélinite tassée et cartouche-relais), on le munit d’une gaine, qui se visse à demeure sur l’œil et isole ainsi complètement la charge intérieure (fig. 19). II est formellement interdit de chercher à dévisser ou à revisser une gaine. Cette gaine reçoit le détonateur et la fusée.

Le détonateur comprend :
– Un corps de détonateur rempli de mélinite tassée et muni d’une tête ;
– Une douille porte-amorce pénétrant dans la mélinite du détonateur ;
– Une amorce destiné à faire éclater la mélinite du détonateur ;
– Un bouchon porte-retard qui maintient l’amorce en place dans la tête du détonateur et qui, grâce à la composition fusante qu’il contient, communique à l’amorce, au bout d’un temps donné le jet de flamme produit par la fusée. II existe deux types de bouchons porte-retard caractérisés par leur durée de combustion qui est nulle pour l’un et de o sec. 25 pour l’autre. L’emploi de ce dernier permet de ne faire éclater le projectile que lorsqu’il a déjà pénétré d’une certaine quantité dans l’obstacle a démolir.
– Le détonateur est maintenu immobile dans la gaine au moyen d’un organe de calage.
– La fusée est une fusée percutante ordinaire.
Les opérations de l’amorçage et les exercices nécessaires pour familiariser la troupe avec ces opérations sont décrits dans des Instructions ministérielles spéciales.

Revenir aux canons et pièces d’artillerie